La version de votre navigateur est obsolète. Nous vous recommandons vivement d'actualiser votre navigateur vers la dernière version.
pierro

 

 En attendant  Laberge

 

Le matin, j'aime entendre le silence de la maison. Il me pénètre d'une façon étrange dans un premier temps. Mais lorsque je laisse aller tout ce qui  veut partir, je ressens ce silence comme une musique qui n'en finit plus de se modeler au gré des bruits familiers de la maison: bruit du moteur du réfrigérateur et du pétillement du feu de bois dans le foyer; son de l'eau de vaisselle tourbillonnant dans l'évier, de la neige qui tombe sans que je l'entende, des meubles du solarium attendant le soleil de la fin de l'avant midi.

 

J'aime aussi écouter la musique sortant du lecteur CD ou d'une chaîne de musique comme celle de Stingray. Ce matin, 29 janvier 2022, je syntonise cette chaîne. J'entends un Handël, un concerto pour orgue. Que de joie ressentie!! Un ton immensément intimiste, quelque chose qui ressemble au son de l'orgue retentissant dans la chapelle de L'abbaye Saint-Benoît par un début d'après-midi d'été splendide, celui précisément d'André Laberge.  Il jouait de toute évidence pour lui dans cette chapelle déserte laquelle chapelle  me rappelle à chaque fois la sensation ressentie sur les montagnes des Appalaches.

 

Je précise ici que j'écoute habituellement cette chaîne de musique sans l'écran de la télé.  Hors de mon habitude, ce matin  du 29 janvier, je me sentais irrésistiblement attiré vers cet écran, question de savoir quel est l'interprète de ce concerto pour orgue: André Laberge, nom de Dieu! J'avais reconnu Laberge par le détour de la joie qu'il me procure lorsque je l'entends jouer de l'orgue.

 

Le souffle de l'esprit que l'intuition  peut saisir est un miracle capable de s'intercaler dans le quotidien pour peu qu'il y ait disponibilité de l'attention. Ce souffle conquérant me fait entrer en contact à prime abord dans un sentiment diffus qui  me mène lorsque déplié dans une vision à un ressenti du processus de la vie comme danse joyeuse.

 

 

Pierrô

29 janvier 2022

 

 


 

 

 

 

 L'ATTENTEL'ATTENTE

                                                           

 

 

 Nouveauté: une foreuse qui creuse le ciel!

Faites un essai gratuit du spiritual  discernement plus plus!!

 

 

Jacques Lacan, bien connu dans le cercle psychanalytique fait une distinction éclairante entre les mots réalité et réel. La réalité appartient au  moi tandis que le deuxième terme est du domaine du je. Je n'entrerai pas ici dans le jargon pour nuancer cette distinction. Je me contenterai de faire des égalités, ce qui est une façon de ramasser l'essentiel d'une pensée. Cependant, le lecteur devra travailler fort. Il devra aiguiser ses patins.

 

  1.      "je est un autre"   A. Rimbaud 

           Selon ma compréhension, l'autre serait une construction sociale. Famille, milieu socio-économique, école etc..  L'autre serait le moi.

En terme d'équation nous avons ceci:

   MOI = causes et accusations. Le moi construit et déterminé par de multiples contextes sociaux en superposition  se fait accusateur de son prochain. Mon proche, mon reproche, dirait l'autre.

Il serait une sorte de fantôme sous le rapport du temps qui se donne. Le moi  se fige  de par sa volonté de puissance. Il croit que sa capacité d'objectivation et d'évaluation crée une nouvelle réalité. 

  La science est plus modeste que ce moi. Selon par exemple la physique moderne, le monde connue actuel ne constitue  que 7% de l'univers. 20% est constitué d'énergie noire . Le reste nous est simplement immensément inconnu. Aveu d'humilité ou d'impuissance ...

 

      2.      "Recevoir, trouver,ouvrir"  Saint Augustin

 

Ce qui veut dire qu'existe le don, le trouvable et l'ouverture (éclaircie de l'Être)

Le JE est une singularité. Le réel est son domaine. Et l'art devient une danse-jouissance; la musique, une cantate, fugue qui approfondit le Ciel ; la peinture quant à elle trouve l'éclaircie de l'être: la sculpture  brise les limites spatio-temporelles.

 

En même temps, le je enraciné dans le réel se constitue en roman.  Je ne parle pas ici de roman, fantaisie de l'imagination . Je parle plutôt de l'élan  qui s'inscrit dans l'éclaircie de l'être et de sa participation au don de l'être  se donnant continuellement.

 

 

Joyeux Noël!

 

 

Pierrô

le 10 décembre 2021

 

 

 

 

 


 

 

      

 

           

 

BOUTEILLE À LA MER   

                                                                                                

 

Au soir de ma vie, qu'aurais-je trouvé... un principe "je récolte ce que je sème; un écho du Réel qui ne peut jamais être contenu; un sentier montant vers le moins de brouillard.

 

Depuis 2016, j'érige deux sapins à chaque huit décembre, date qui marque pour moi le silence pur concevant l'inconcevable. Le sapin à l'extérieur scintillant de petites lumières vertes constitue mon phare d'espérance aux abords du grand fleuve pas toujours tranquille.  Celui posté au coin des deux plus grandes fenêtres  se charge de recueillir les reflets des soirs de décembre à travers son éclairage arc-en-ciel.

 

J'aime ces deux vigiles. Ils me protègent des assauts intempestifs.Ils m'aident à voyager dans le temps: le futur du passé, le présent qui vient de partout et le futur qui se vit étrangement au présent.

 

Le poète Gaston Miron a écrit un jour " mon sapin est un courage toujours vert". Peu importe les saisons de la vie, la clarté du silence lui donne la force de demeurer toujours vert, toujours dans la naissance incessante, nativité irrésistible.

 

Au lecteur qui lira ce parchemin de la mer haute, c'est cette force qui constitue mon souhait de la nouvelle année pour vous.

 

  Pierrô

 

20 décembre 2020

 

 


 


 

 

 

ANGLE DE VUE                                                                                       

 

Je regarde depuis la fenêtre de mon enfance

la colline bleue s'affadir dans le silence de l'horizon.

 

Au delà des premiers vallons de terre en foin

s'étalent trois bosquets d'épinettes blanches

incapables encore de faire contact

avec  l'immense talle des arbres au grand faîte chatouillant le ciel verge d'or.

 

Tout au fond, derrière se révèle le son d'une locomotive et sa suite

s'allongeant au creux de la Rivière des Loups vers un destin imprécis.

 

Pour ce qui est du soleil, il s'enharnache.

Il gruge déjà la pointe des arbres géants tout en faisant fuir leurs ombres violets.

Ce n'est plus qu'une question de quelques instants

avant que les  champs soient transpercés de lances jaunâtres.

 

L'éternité s'est retrouvée!

Maintenant ses volets se ferment

 Ceux-ci  attendent patiemment, j'imagine, leur réouverture pour laisser passer de nouveau

 le murmure de la traversée du temps.

 

P.E.

 

 

 

 

 


 

 

la petite auto bleue

 

                                                 

Il était une fois deux petits garçons qui ont eu subitement une envie folle de se promener en voiturette. Le plus vieux (M) avait déjà localisé l'endroit à partir duquel un tel rêve pourrait prendre forme.

Dans un garage tout blanc, semblait attendre sur de la terre battue une voiturette bleu comme le ciel d'été. Mystérieusement, ses formes arrondies et son ingénieux système de traction avait un pouvoir, celui d'attirer deux gamins à consentir un emprunt.

Le plan d'action pour se saisir de l'objet de désir avait été dessiné à gros traits:  opérer la sortie de la petite auto bleue un matin où le proprio ne serait pas à la maison; se mettre à rouler dans les rues du quartier peu fréquentées par les grosses autos et remettre l'engin dans le garage tout blanc.

Aussitôt conçu, aussitôt fait. Voilà qu'assis à l'étroit, M pédalait le mieux qu'il pouvait pour faire avancer la voiture bleue ciel. Les rires et les directives à donner pour supporter les jambes du conducteur ne manquaient pas. La comptabilité du temps  à pédaler demeurait cependant très approximative. Le paysage  avec ses trottoirs usés par la charrue d'hiver, les maisons ébouriffées de vert grouillant dans la lumière oblique défilait sans s'interrompre et arrivait à  tromper le temps. On aurait dit que tout prenait l'allure d'une nouvelle respiration et que même les mouvements et les arrêts s'unissaient étonnamment.

La vie souriait à ces deux passagers de l'aventure. Mais pas pour tant de temps que cela! Voilà qu'en chemin vers le garage tout blanc, les deux comparses se voient apostropher d'une voix sévère. Le proprio de la voiturette n'est pas de bonne humeur. Il menace de faire venir la police afin de bien faire comprendre qu'un méfait de cette sorte mérite punition.

La supplication et les larmes ont eu cependant gain de cause dans l'opération justice en cours. Le tonnerre grondant se mit à se transformer soudainement en paroles supportables. Les aventuriers que nous étions en étaient quittes pour une belle frousse et un long temps de réflexion.

Vous avez sans doute déjà soupçonné qu'un de ces deux as de la route est l'auteur de ces lignes. Vous avez raison. Je ne pourrais jamais nier une telle aventure de mon enfance. Aujourd'hui, je réalise avec clarté que la vie est comme une  carte qui se déplie au fur et à mesure que la vie se déroule. Les aventures vécues agissent comme des  boussoles qui découvrent le paysage  à venir. Ainsi, l'attraction pour cette voiturette bleue a constitué en quelque sorte un aimant capable d'attiser en moi le désir d'autonomie. Ce désir d'éprouver en quelque sorte la vie dans toutes ses grosseurs et ses profondeurs.

De la même manière, ce drôle d'emprunt perpétré à un si jeune âge m'a ouvert à prendre une distance par rapport à un certain nombre de  diktats sociaux. Avancer en âge à la force du poignet (mes jambes!)  tout en ayant comme point de repère le Ciel et  la terre comme partage. L'étoile inatteignable d'où je viens et où je vais.

 

Pierre étienne

 

 


 

 

 

 

Quand la lune tombe dans Les Laurentides   

   21 juin 2018

 

 

 

 

 

 

                                          

Selon des spécialistes des météorites, lorsqu'une de  celles-ci frappent la lune, le satellite de la terre sous la force de l'impact se met à vibrer. On a calculé que ses vibrations peuvent durer plus de huit cents années. Par exemple le cratère Giordani Bubo, formé il y a au moins sept cents ans par une météorite est là aujourd'hui comme repère de rappel de cette longue vibration.

Un certain soir de mai 2018, je ne sais pas avec certitude si cette vibration générée par ce fameux cratère a pu me causer comme dommages collatéraux. Je soupçonne que oui puisque  le sentiment m'habitant ce soir là d'être entraîné à mon corpsdéfendant dans  la chute de la lune vers le bleu violet des montagnes Laurentides m'est très inhabituel. En tout cas, je vous affirme que ce sentiment était très intense, pas mal plus fort que la descente d'un manège sur roue d'acier.

Il est vrai qu'à ce moment là, j'étais sous influence: le quatuor en fa majeur de Tchaïkovski et une méditation extra fort. J'imagine que ma chute avec la lune dans son premier quartier devait assez vertigineuse puisque même Vénus, planète qui en fait habituellement à sa tête puisqu'elle est la seule qui tourne à l'envers de toutes les autres planètes du système solaire subissait le même sort que moi. Elle se précipitait la pauvre dans Les Laurentides!

Plus incroyable, le fleuve Saint-Laurent appelé mer par beaucoup de Bas-laurentiens se mettait lui aussi de la partie. En effet, au fur et à mesure de la descente de la lune, il palissait en une allée large comme deux paquebots blanc mal entretenus. Il avait beau vouloir calmer ses ardeurs en tentant de polir sa surface, mais rien n'y fit. Aux côtés même de cette dépense folle en réflexion lunaire, ses eaux semblaient aussi avoir attrapé subitement la bougeotte laquelle se traduisait par des ondes marines incontrôlables.

Bien pris dans ce tableau d'ensemble, que voulez-vous que je fis? Que je mourusse! Oui, je le désirais mais j'avais mal aux fesses,  mal assis que j'étais depuis une bonne heure à subir l'enfouissement inéluctable de la lune dans le violet profond des montagnes arrondies des Laurentides. Puis le quatuor en fa était terminé depuis une secousse. Puis la lune referait le coup de son ascension, du moins je l'espérais.

 

Pierre étienne

 


 

 

 

pam, pam Pam PAM !                                

4 juillet 2018

 

 

 

 

Je dédie ce texte à Marc, un mélomane et à toutes les personnes qui ressentent une journée sans musique comme une journée de déroute

 

Il m'arrive de fréquenter You tube surtout pour entendre les interprètes de mes compositeurs préférés. Dans cet espace virtuelle, je lis parfois quelques commentaires en rapport avec la musique entendue. J'y découvre des perles en ce qui regarde le jeu et/ou la vision musicale de l'interprète que je viens d'écouter. J'aime bien celles qui se rapportent "au tranchant du son pour lui-même et de cet enveloppement du langage arrivé à sa propre résonnance" Philippe Sollers. Cela me donne comme un air d'aller  tout là haut ou là bas dans l'infiniment proche. Respirer les phrases musicales qui trouvent le royaume de la première personne, là où la force surgit du cœur.

Toujours est-il que lors de cette fin d'après-midi du 3 juillet de l'an 2018, je visionne et écoute le concerto 4 pour piano de Ludwig van Beethoven.Le visage de l'interprète se transforme alors comme  sculpté dans une matière tellement malléable que ses multiples formes apparaissent au fil de la musique  comme si elles ne subissaient pas de  transition. Il faut dire que ce concerto offre à tout interprète une multitude de variations tant dans le mouvement de l'exposition que dans ceux du développement et de la récapitulation. Les mains de la pianiste se font bondissantes, trottinantes, apprivoisantes, dominantes. Le corps se plie tout entier aux moments que je caractérise comme fondateur de la plus exquise manière de dire l'âme humaine. Pour ne citer que ce seul exemple, celui de la phase où la pianiste nous amène par la main sur le sentier de la joie, tout de suite après avoir été transportée par un grand désarroi.

Cette interprète s'appelle Uchida Mitsuko. Sa musique a été une immense découverte pour moi. J'ai été ému jusqu'aux larmes. Elle permet de magnifier le champ de l'attention d'une telle manière qu'on se sent incroyablement reconnaissant pour la vie que son art fait naître.

Voulant faire durer mon plaisir, j'ai retrouvé pas longtemps après ce festin de mots et de sons son vidéo intitulé  Mitsuko Uchida Masterclass - Comparing Beethoven N.4 in G Major and Mozart’s K. 503 que l'on peut trouver  facilement sur internet :  https://youtu.be/3mBzp5_yR18. Dans sa classe de maître, elle parle avec grand amour du compositeur L. Beethoven et  de son concerto 4  pour piano que je venais justement d'écouter.  Étrange phénomène, Uchida en parle d'une manière telle que tout cela se rapproche étrangement, merveilleusement des mots indiscrets que mon être me souffle à l'écoute beethovénienne. Pour ce concerto 4, je vous donne le lien : internet https://youtu.be/alGGWitm0AU. Si le ciel existe, c'est par là.

Outre le fait de vous entretenir à propos d'une merveilleuse interprète de la musique de L. Beethoven, je voulais vous parler aussi et  longuement du miracle de l'émotion créée par l'artiste. Pourquoi donc la mer agitée du temps actuel n'arrive pas à égratigner la surface même des grandes œuvres? Pourquoi deux capsules habitées se croisent-elles dans le même espace temps de la création? Pourquoi s'arrêtent-elles pour un temps, deux temps, trois temps, quatre temps, mil temps à la même latitude?

Pour faire court, je tenterais cette réponse. Au delà de la vie humaine éphémère, de grandes constellations brillent. Sous l'influence de leurs feux, nous sommes rendus sensibles à l'univers des harmonies, de là proviennent les rencontres miraculeuses. Ludwig est une constellation et son interprète Uchida nous rend sa lumière divinement buvable. Voilà, c'est la grâce que je vous souhaite à l'audition du jeu pianistique de cette interprète de génie.

 

Pierre Étienne