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pierro

 

 


 

 

 

 Fierté

Ma mère utilisait le mot fierté dans certaines circonstances particulières. Par exemple, le mot se disait d'une femme sachant s'habiller comme du monde, sachant soigner son langage, capable de se tenir physiquement droite et refusant de baisser les bras. 

 

Mon père déclinait le mot fierté selon ses  propres notes . Ne pas  accepter  l'insulte. Fesser en premier si nécessaire. S'en remettre à sa conjointe pour ce qui est de l'habillement. Grogner à propos d'un pédant.

 

Ce qu'il y avait de tournoiement dans tout ceci, c'était lorsque la  demande de fierté tombait sur  la tête de leur fils aîné. Là, le comble paradoxal était atteint. Comment concilier alors  les exigences divergentes du père et de la mère? Exécuter un petit bout de chacun des mantra par ci, par là, tout en prenant un air sérieux pour faire passer la macédoine. Ou bien, démontrer de la fierté de type M seulement en présence de la mère. Même stratagème  en présence du père. La difficulté résidait seulement en présence des deux parents. Affaire résolue, je n'avais qu'à annuler la fierté en leur présence.  Ce que je fis au moins à quelques reprises.

 

Un peu plus tard, je veux dire ce qui est convenu d'appeler la période de jeune adulte, ma définition  de la fierté s'est quelque peu enrichie surtout auprès de ceux qui prétendaient à la réussite: politiciens, gens d'affaire, les finalistes du mariage, les médaillés de la  langue de bois. Tragi-comédie!  

 

Après ce cours pas si intensif que ça, je me suis fait harakiri. Ce ne fut  cependant pas une morte subite comme on en voit dans certains films d'action japonais . Cela s'est fait petit à petit, presqu'à mon insu. Je suis devenu un athée de la Fierté.

Maintenant je ne fais plus dans la prière de  la reconnaissance sociale. Je n'invoque plus  ce mot en vain et contre moi. Je ne communie pas davantage à ses saintes espèces: l'auto "sport" tout électrique, le vêtement chic bon genre, le prêt à penser. J'ai rendu mon passe-partout social.

 

Par dessus le marché, je crois à des choses bizarres sans demander la permission à personne. Par exemple, je crois que la joie est une substance divine. J'aime lorsque J.S. Bach m'en parle. Je suis en accord avec un dieu en trois personnes : le tout puissant, le sage et l'amoureux. 

 

Quant à mon quotidien, je me contente de me laver quand je suis sale, de m'habiller dans des vêtements que j'use. J'aime beaucoup porter des vestons qui tiennent le coup même après vingt ans. Je me peigne sans cacher mon manque de chevelure ici ou là. Je déserte la féminisaction. La castration non merci !

 

Je m'assume ainsi-soit-il.

 

 

Pierrô

avril 2024

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 Myopie l'infâme tare

 

...Puis vint le jour où les barnicles devinrent des montures de lunettes à s'occuper tout le temps.

 " Tu es myope"  m'affirme sans broncher l'oculiste que mes parents avaient voulu que je consulte. Tonnerre dans mon esprit d'enfant de onze ans! Je suis devenu infirme. Les autres ne me regarderont plus de la même manière. Difficile de cacher cette tare de la nature quand on a à la journée des barnicles dans la face. Je ne pourrai plus jamais faire de sport. C'est fini... FI NI  aussi avec les filles. Tonnerre dans mon esprit d'enfant de onze ans! Je suis devenu infirme. Les autres ne me regarderont plus de la même manière. Et difficile de cacher cette tare de la nature quand on a à la journée des barnicles dans la face. 

 

Le fer rouge

Ce mot  myope  a demeuré longtemps  marqué au fer rouge dans mon esprit sensible. Si j'ai de la difficulté à oublier cette marque encore aujourd'hui, c'est parce que je n'en finis plus de constater quotidiennement les avancées de la myopie. Cet envahissement est devenu incontrôlable. Il se transforme de mutation en mutation, un vrai virus HN machin chouette.

L'autre jour, je lisais tout bonnement Henri Montherlant, curieux de m'accorder une

re-vision de ce que j'ai pu comprendre de cet auteur pendant les années de ma jeunesse. Voilà que je tombe littéralement, symboliquement sur sa pensée portant sur le sentimentalisme: une suppression selon son dire de la perception et de la sensibilité. Ne pas voir ce qui est à voir et voir ce qui n'est pas.

Voilà, ça y est cette fois-ci, j'ai compris. L'auteur parle certainement de myopie. Il utilise les mots indirectement voulant sans doute protéger les sensibilités presque maladives comme la mienne. Mais n'empêche que directement il parle ici de vision que l'on n'a pas. Cela ne sert à rien de tourner autour du pot. Être ou ne pas être myope, voilà la question n'en déplaise à Monsieur Shakespeare.

En plus de la contagion du mot maux que je tairai dorénavant, il faut vous avertir que celui-ci fait des petits en grand nombre et de toutes les manières. Par exemple, prenons le mot de trois syllabes OEILLÈRE, pas si nouveau né que ça en passant. Trois simples questions. Pourquoi ce dernier ne s'est pas cantonné au monde équine? Pourquoi venir polluer le mot sentimentalisme en l'étiquetant d'œillère? Pourquoi venir psychologiser ce magnifique mot en le matraquant de pseudo-explications (lâcheté, niaiserie ou aveuglement)  pour expliquer sa vrai nature soi disant? Vous voyez, on ne s'en sort pas.

Pour le moment, je ne veux pas trop penser aux autres générations de mots qui me rappellent horriblement ma ... vous savez de quel mot dont je veux parler. Œil-de-bœuf, œil-de-chat, œil- de-perdrix, œil-de-pie, œil-de-tigre. Des monstres , vous dis-je.

 

 La cerise sur le "sundae" est que ces générations de mutants littéraires  se vantent de leur existence. Ceux-ci ont même mis au monde  presque dernièrement la quintessence de l'hypocrisie, je parle ici  de l'hypocrite œillade, mot-personnage au regard furtif, louvoyant ayant  un fort potentiel de critique du genre féminin. C'est vous dire où tout cela nous mène.

Voilà, je réalise que j'ai donné encore trop de place à vous savez quoi. J'aurais dû suivre le conseil de Montherlant et consacrer mes précieuses minutes au bonheur. " Une heure morne, une heure perdue à l'approche de la mort, quel remords de ne pas l'avoir donné au bonheur".

Décidément, je suis incorrigible

 

Pierrô

 


 

 

 

L'abondance ce n'est parfois que l'abondance      

le 29 juin 2018

                                           

Je me rappelle de la première fois où j'ai contemplé une pleine boîte de pommes rouges, toutes enveloppées individuellement dans un papier fin. Tant de pommes à dévêtir de leur emballage précieux! Je me rappelle aussi ce moment où j'ai fixé avec gourmandise une table remplie de victuailles de toutes sortes siégeant au beau milieu d'une parenté anticipant de se régaler tout juste après le signal du patriarche de la maison. Quoi choisir ? Outrepasser l'ordre habituel, soupe, met principal, dessert? M'empiffrer jusqu'à satiété tout en démontrant un certain sens de civilité?

L'idée de l'abondance réside aussi dans la multiplication des gestes à effectuer durant une journée. Cocher à la fin de celle-ci les choses réalisées afin de ressentir une considération tant souhaitée.

Voilà ce qu'est une route toute tracée à l'avance; une participation à cette vaste mise en scène d'une société de l'opulence; une contribution dans la multiplication des moyens grâce auxquels on continue de vivre comme on l'a toujours fait. Et si l'effort devient trop grand, il reste l'oasis des vacances annuelles et les distractions de la fin de semaine.

Cette route fortement renforcée par des moyens audio-visuels considérables, apparaît bien difficile à transgresser. Tout le monde fait de même, pourquoi pas moi  se diront certains même si ce mimétisme peut se faire au prix d'une tension quasi-continuelle.

La vie comme eau vive

Voyons voir maintenant comment Sydney Pollack, un de mes réalisateurs préférés a fait évoluer son personnage principal de son film Sabrina vers une tout autre vision que celle que l'on adopte par atavisme ou par une trop grande ingurgitation de contenus des médias de groupe ( mass media).

D'abord, comme il se doit, Pollack illustre son propos dans le décor d'un propriétaire d'une très grande entreprise,  les entreprises Larrabee. Tout y est: vie mondaine, voiture de marque prestigieuse, maison luxueuse, floraison de serviteurs et propos convenues de la grande bourgeoisie de la côte  nord-est américaine. Puis Pollack, petit à petit trace le premier chemin emprunté par Sabrina. Il est celui d'une fille de modeste famille qui aspire à rencontrer le prince charmant, précisément le fameux David, fils cadet de la famille Larrabee. Sabrina l'admire. Elle le trouve sans défaut. Elle en tombe amoureuse. Elle aspire à vivre avec lui une idylle amoureuse qui dure toujours. C'est une idéaliste sentimentale.

La vision de ce rapport idéalisé n'est aucunement partagé par son père. Celui-ci trouve que sa fille Sabrina est " bien plus riche que cette obsession" (David, le tombeur de ces dames). Il pense que le départ de sa fille pour Paris est essentiel. Il prophétise que sa vie va se trouver transformer.  Cette façon  sentimentale de voir David n'est pas non plus partagée par le frère aîné de cette famille de Long Island. Ce dernier perçoit davantage son frère comme un fils de riche typique: un touche à-tout- tout qui ne réussit pas à se brancher. Études, amours et activités professionnelles ne sont que façade pour masquer son incomplétude de vie.

Mais voilà que la si belle Sabrina, dans le décor grandiose de Paris apprend à voler de ses propres ailes, loin du cercle d'influence de David. Aidée par le photographe Louis et celle qui l'a accueillie à l'agence publicitaire Vogue, elle apprend rapidement à  voir les jeux sociétaux et surtout à voir la vie selon son propre paramétrage, soit celui d'une photographe de talent. Un œil  dans le viseur et on entend venir une histoire qui veut se raconter.

Puis vient la troisième partie du film, soit le retour de Sabrina dans sa famille. Fait particulier, David et sa mère prend un bon moment avant de reconnaître Sabrina. Linus quant à lui la reconnaît  rapidement et voit désormais en Sabrina une femme.

Après de multiples rebondissements, Linus se retrouve placé devant un dilemme. Doit-il empocher comme tout bon homme d'affaire un pactole d'un milliard de dollars en jouant un jeu de tricherie avec Sabrina ou avouer à cette dernière la vérité? Doit-il quitter le  chemin initié par son père qui lui apparait maintenant comme  une illusion ou maintenir sa position sociale actuelle? À vous lecteur de deviner la fin.

 Quant à moi, s'il y avait une leçon à tirer de cette œuvre de S.Pollack, ne pourrait-elle pas être celle du chemin  à saisir la vie d'une façon singulière, c'est-à-dire  celle d'une réponse créative à tout ce qu'une vie humaine peut offrir? Chose certaine, une réponse négative à  toutes ces invitations risque de créer un  solide barrage empêchant tout progrès sur la voie intérieure. L'illusion ou la vie gagnée vers un peu plus de liberté.

 

Pierre étienne